1. L’ambitieuse politique d’aménagement menée sur le département est-elle encore réalisable, avec la réduction des engagements financiers de l’État ?
Il est vrai que notre département souffre d’un déficit d’investissement chronique et ancien, et je pense notamment aux transports collectifs, que l’Etat a trop longtemps délaissé. Mais il possède aussi des atouts indéniables, sur lesquels nous voulons fonder notre politique d’aménagement. Le territoire de la Seine-Saint-Denis peut notamment s’appuyer sur des pôles économiques dynamiques : la zone aéroportuaire de Charles de Gaulle, le secteur large de Noisy-le-Grand et Marne-la-Vallée et la Plaine Saint-Denis. On le voit bien, ces pôles se sont renforcés grâce à l’intervention de l’Etat. Je suis convaincu que la puissance publique doit amorcer la pompe dans les secteurs où le marché est encore hésitant. Je pense en particulier à des parties de notre territoire, dans le centre et à l’est, qui ont le sentiment d’avoir été laissées au bord du chemin.
Pourtant des potentiels considérables existent autour de l’aéroport du Bourget, avec comme colonne vertébrale la Nationale 2, et comme ligne de vie la future liaison ferroviaire (la Tangentielle Nord) qui croisera 5 lignes de RER. Les propriétés foncières, appartenant au département, et qui se trouvent autour de la gare de Dugny-La Courneuve seront au service de ces projets.
De même, de grands projets se dessinent autour de la RN3 et du Canal de l’Ourcq, irriguant le cœur du département, et ceux jalonnant la N 34 et le Canal de Chelles qui peuvent dynamiser l’est du Département. Dans ce contexte, les collectivités ont pris le relais, face au désengagement de l’Etat. C’est vrai dans le domaine des transports, qui déterminent largement l’attractivité d’un territoire. Aux côtés de la Région Ile-de-France, nous avons engagé un vaste programme d’amélioration des transports en commun : prolongements de métros, tramways, bus à haut niveau de service, tout doit être mis en œuvre pour donner toujours plus de mobilité et de confort aux habitants.
2. Le département de Seine-Saint-Denis est lié à l’activité industrielle, comment la rendre compatible avec votre politique environnementale ?
Vous savez, la crise que nous traversons a permis de remettre en cause quelques certitudes. Le passage brutal du capitalisme industriel et entrepreneurial à un capitalisme presque exclusivement financier a montré ses limites. En Seine-Saint-Denis, l’industrie n’a jamais capitulé, et c’est aussi ce qui fait notre force. A côté de grandes signatures telles que PSA, Dassault, Eurocopter ou Hermès, des milliers de PME font vivre le tissu économique et l’emploi. Nous devons nous appuyer sur ces activités de production et de fabrication pour aborder avec ambition et sérénité la nécessaire mutation économique. L’exigence environnementale nous montre le chemin. Toutes nos actions passent désormais par le crible de la protection de l’environnement, de la préservation des ressources et de l’amélioration du cadre de vie. Le développement durable, ce n’est pas une tarte à la crème, c’est une nécessité, et tout particulièrement pour les plus démunis, qui doivent faire face à l’augmentation des coûts de l’essence, aux dépenses de chauffage. Réconcilier économie, société et environnement, c’est tout le défi. C’est pourquoi le Département intervient ; auprès des habitants, pour diffuser les gestes citoyens, et aider à l’isolation des logements ; auprès du monde économique, pour accompagner les filières innovantes, trouver des synergies entre recherche et industrie, aider les créateurs d’entreprises. La Seine-Saint-Denis souffre d’un déficit d’image, notamment du fait de la prédominance des activités industrielles. Le changement d’image est déjà amorcé, avec l’émergence des filières vertes, mais aussi par une politique volontariste sur le cadre de vie. Le Département s’est largement investi dans ce domaine, en créant des parcs, en aménageant des circulations douces, en donnant un coup de pouce à la construction durable. J’en suis convaincu, industrie et environnement sont appelés à dialoguer de manière toujours plus fructueuse.
3. Des écoquartiers vont voir le jour dans le département d’ici quelques années, quelle est votre réflexion globale sur ces quartiers durables ?
Le Département de la Seine-Saint-Denis a la chance de bénéficier de réserves foncières très importantes, qui sont liées aux mutations industrielles. C’est en Seine-Saint-Denis que se joue l’avenir de la métropole parisienne. Nous n’avons pas le droit de nous tromper, la Seine-Saint-Denis a trop longtemps été le laboratoire d’expérimentations urbaines hasardeuses. On entend beaucoup parler des éco-quartiers mais on ne sait jamais très bien ce que cela signifie. Voilà ce que je crois : il n’est plus possible aujourd’hui de concevoir la ville comme on l’a fait pendant les 50 dernières années. Le temps où l’Etat achetait des terres agricoles au milieu de nulle part pour en faire les villes nouvelles est révolu. A l’heure où l’exigence environnementale s’impose à nous, notre démarche doit être pragmatique. Une expression me semble résumer simplement l’ambition que nous devons avoir : une ville intense. Nous devons concevoir des quartiers bien desservis par les transports, où chacun trouve à se loger selon ses besoins et ses moyens, où sont accessibles à proximité les équipements publics et les services, dans un cadre de vie de qualité, agréable et fonctionnel. Dès leur conception, ces quartiers doivent intégrer le respect de l’environnement et l’économie des ressources. Il ne sert à rien de fabriquer des bâtiments aux normes BBC s’ils sont éloignés de tout réseau de transports en commun ! Là encore, le Département et la Région accompagnent les villes dans leurs projets, par l’action foncière, le financement des équipements publics, des transports, avec l’aide à l’ingénierie.
4. Comment se situe selon vous, Séquano Aménagement dans cette démarche durable ?
Nous avons choisi de créer des outils solides au service de notre nouvelle stratégie. La création de l’agence de développement économique Seine-Saint-Denis Avenir et la restructuration des Sem départementales pour créer Séquano Aménagement marque bien la volonté du Département de s’investir dans le domaine du développement économique et de l’aménagement. Avec Seine-Saint-Denis Avenir, les acteurs économiques ont désormais un interlocuteur unique, performant et réactif, au service de l’attractivité du territoire. En se dotant d’un outil d’aménagement et de développement renouvelé, encore plus performant, le Département entend réussir trois paris : l’attractivité économique au service de l’emploi, le développement et la structuration du territoire, la reconquête urbaine. Pour cela, il faut accompagner les acteurs, et notamment les collectivités, à porter des projets ambitieux, dans le respect de l’environnement. L’aménagement du territoire doit être le fruit d’un dialogue entre les collectivités, les habitants, les partenaires privés, afin d’associer les usagers et acteurs locaux au développement de la ville et du quartier. J’ai pensé cet outil comme un partenaire naturel des entreprises, des communes, qui s’engagent financièrement dans le renouveau de leur ville, mais aussi comme un partenaire des outils existants à l’échelle de notre département et de la Région, SEM, établissements publics. Avec Séquano Aménagement, je souhaite aussi que nous disposions d’un véritable outil d’anticipation pour favoriser l’implantation d’équipements publics ou encore l’installation de nouveaux équipements de communication numérique qui sont autant « d’effet levier » pour améliorer l’attractivité de ce territoire. La nouvelle structure est désormais en mesure d’opérer des montages juridiques et financiers performants, afin d’organiser l’offre foncière pour accueillir de nouveaux partenaires économiques, mais aussi de réaliser les opérations de grande ampleur sur l’Ile-de-France.
Enfin, son expérience et sa force de frappe lui permettent de développer des bonnes pratiques en matière d’intégration des préoccupations environnementales. Notre ambition est de viser l’exemplarité à chaque étape du processus d’aménagement. L’aménagement du territoire francilien mérite le meilleur professionnalisme.
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